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« Moments délicieux » – le ressenti d’Hamid Tibouchi au lendemain de « Champ libre ? Chant libre ! »

Chère Geneviève, chers amis,


Vous souvenez-vous de ce texte qui avait été choisi par deux d’entre
vous (Nathalie et Guillaume) mais qui, en fin de compte n’a pas été
retenu  — ce qui n’a pas plu, semble-t-il, à Saint-Médard :

laisser tomber
la pluie
ne plus se plaindre
du temps qu’il fait

bruine ou averse
toute eau est fertile
et lustrale
la recevoir comme

la lumière
avec la même aménité
et la remercier
de sa bonté

Paradoxalement, on peut dire que le ciel était avec nous hier soir…
Il nous a envoyé la pluie qui a lavé l’enclos de l’abbaye de tous nos
tâtonnements et égarements, de toutes nos mises en scènes et
de toutes nos craintes. Il nous a fait nous replier dans l’antre du
peintre Meissonier, lieu de création s’il en fut. Il semblait nous dire :
« Les textes d’Hamid se passent de littérature : ils demandent
à être restitués dans leur état brut, sans théâtralité aucune, en toute
simplicité, avec juste quelques impros musicales et vocales tout aussi brutes. » Message reçu tacitement et unanimement : chacun de nous, ayant trouvé sa place dans l’atelier, est redevenu humble pour servir, dans ce lieu chargé d’histoire, les textes humbles d’un jardinier des mots simples attaché à sa terre. Tous ensemble, presque à notre insu, nous avons rendu hommage au jardinier furtif de Timimoun*.

A l’aide de vos voix singulières, de vos instruments et des coloratures lumineuses de Lucie, vous avez tissé une toile, à la fois somptueuse et pleine d’imperfections, pour nos invités qui semblent l’avoir reçue comme une offrande venant du cœur.
Ceci dit, je ne regrette nullement, pour ma part, les heures passées
dans l’enclos a essayer ensemble de trouver la voie (la voix). Parfois
intrigué par vos interprétations de mes mots, d’autres fois surpris
agréablement, à aucun moment je ne me suis senti dépaysé. Dans
le silence et la solitude de son atelier, le peintre ou le poète ne
procède pas autrement : c’est toujours par tâtonnements, par doutes et par repentirs qu’il avance dans sa tentative de construire quelque chose de neuf qui, à chaque instant, menace de s’effondrer.
Rilke décrit si bien cela en quelques mots :

« Cela nous submerge. Nous l’organisons.
Cela tombe en morceaux. Nous l’organisons
et tombons nous-mêmes en morceaux. »

Dans ses « Notes sur la mélodie des choses », Rilke énonce aussi très
joliment cette vérité que tout jardinier pourrait approuver :

“La racine a beau tout ignorer des fruits,
il n’empêche qu’elle les nourrit.”

Mon épouse et moi avons passé des moments délicieux en votre
compagnie, des moments de partage qui avaient pour nous la saveur
d’un bon bricheton que l’on rompt entre copains.
A toutes et à tous, nous vous disons un grand merci.
Merci à Agnès et Eric Guignard de nous avoir accueillis si gentiment.

Et merci à Jean-Marie sans qui nous ne vous aurions probablement jamais rencontrés.

Très chaleureusement à tous,
Hamid  T

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* Il s’agit d’un jardinier qu’Hamid a évoqué à la fin de la soirée pour expliquer le sous-titre « écrire comme on jardine ». C’était dans les années 70. Lors d’un voyage dans le sud algérien, Hamid l’avait aperçu dans les jardins potagers de la palmeraie de Timimoun. Sa façon de faire a profondément marqué le poète plasticien. Grâce à un système d’irrigation très étudié, ses interventions semblaient réduites au minimum. Les jardins étaient luxuriants, ce qui donnait
l’impression que les beaux légumes poussaient tout seuls. Hamid dit travailler un peu comme ce jardinier de Timimoun, sans avoir l’air d’y toucher.
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et pour prolonger le plaisir de lire Hamid :

Jardinage

Traité de navigation

Enfin, pour revivre la soirée en image :

http://artyvelines.org/retour-en-images/wppaspec/oc1/cv0/ab7

Prochain événement 1er juin 2018

Le prochain événement sera une nouvelle édition de
Poésie au jardin :

 

Champ libre

de

Hamid Tibouchi, poète-plasticien

avec des comédiens et des musiciens

ce sera le vendredi 1er juin 2018, à 20h30

au jardin de l’enclos de l’abbaye à Poissy.

 

 

Nous espérons vous y accueillir nombreux !

Si vous êtes intéressé par la préparation de cet événement, qu’il s’agisse de la mise en espace, de l’organisation des lieux, de la  communication, de la logistique, de l’accueil du public, …, vous pouvez venir aux prochaines séances de travail les dimanches 8 avril, 29 avril et 12 mai, dans l’atelier Meissonier, de 15h à 17h. 

Signalez votre envie de participer en écrivant à

contact@artyvelines.org

 

La rentrée d’Art’Yvelines

 

Fidèle à l’esprit de culture mosaïque qui imprègne toutes ses actions, Art’Yvelines propose un événement multiple en septembre prochain à Villennes-sur-Seine, espace des Arts

◊   l’expo photo vintage « Franck Stromme fait son Rock n’ Roll« 

 

consacrée aux artistes des années 80

Reporter-photographe, auteur, réalisateur, Franck est un artiste qui s’intéresse à des styles et des genres très différents. Ses sujets sont le reflet de notre époque. Franck en est le témoin.

 

du 22 au 30 septembre, salle des expositions

◊  une rencontre-conférence

entre Franck Stromme et son public, pour échanger sur ses coups de cœur, les artistes qu’il a côtoyés, le milieu du show-biz, et bien d’autres sujets.

jeudi 28 septembre, salle des expositions, 20h30

◊  le « dévernissage » de l’exposition

pour converser sur l’exposition et partager le verre de l’amitié.

vendredi 29 septembre, salle des expositions, 18h30

◊  le concert d’automne d’AmroK

entre électro-jazz, trip-hop et chanson, l’univers musical envoûtant de Christophe dialogue avec les mots et la voix intense de Sabine, sans limite de style, de couleur, de rythme ou de langue.

Benji, jeune auteur-compositeur-interprète sera en première partie de cette soirée musicale

vendredi 29 septembre, salle des Arts, 20h30

Vous pouvez réserver vos places dès maintenant, le règlement à Art'Yvelines se fera le jour même du concert :

Réservations pour AmroK en concert, salle des Arts à Villennes

« Carène », tel qu’ils l’ont vécu.

C’était une liturgie civique et profane contemporaine ce 9 juin au soir ; nous avons dit les mots, nous avons écouté les sons, nous avons donné à entendre les élans musicaux du grand récit actuel, cette migration incessante depuis les profondeurs humainement et culturellement très riches de l’Afrique noire vers l’Europe, d’un continent à l’autre, cette quête ouverte et pacifique de l’autre, ce dialogue d’accueil d’écoute et de découverte. Voilà ce que nous avons fait, c’’est le propre de la poésie : une poésie en espace et en acte.

Merci à nos hôtes, merci aux organisateurs d’avoir donné l’espace et le temps ce soir-là à une belle déambulation d’un lieu du Jardin de la Vie à l’autre, chaises à l’épaule entre chaque lieu, tandis que passaient les trains, les avions, en voyage sans cesse, tandis que martinets, merles, chiens donnaient leur énergie à leur grande besogne de vivre.

Puis le grand tilleul nous a accueillis dans la pénombre respectueuse de sa vaste coupole ; puis dans la nuit l’Atelier d’été : et alors la parole a été vraiment celle de tous, voyageurs, spectateurs, grands migrants nos héros d’une épopée contemporaine.

Yves BERGERET.

Carène, à Poissy


Pénétrer dans ce parc historique… et idyllique, en plein centre de Poissy par une petite porte très conte de fées. Fouler l’herbe qui abonde et folâtre sous les feuillages d’arbres plusieurs fois centenaires. Ce cadre bucolique ne prédisposait pas au premier abord à la représentation des dramatiques aventures africaines que raconte Carène du poète Yves Bergeret. Et pourtant !

J’avais lu des extraits de ce poème-épopée sur son blog mais dans un tel décor de nature et d’architecture tout se répercutait plus amplement, plus intensément. Comme si le vent voulait emporter les mots du texte avec lui vers Koyo, village du Mali où l’auteur fait commencer la pièce pour témoigner de sa solidarité avec les paysans peintres. Les chants des merles en cet instant d’avant crépuscule, la majestueuse silhouette de la Collégiale et même la rumeur du RER ponctuaient cette geste poétique soutenue par les improvisations des musiciens.

La trajectoire du poème sinue entre le drame des migrants africains affrontant les tempêtes et la duplicité des passeurs qui spéculent sur la misère ; l’évocation de quatre personnages-clefs de la communauté, véritable armature masculine d’un village africain de tradition animiste ; la complainte d’un vieil homme retenu comme captif dans le Sahel. Au dernier acte, comme enveloppé(e)s par la présence frémissante d’un tilleul monumental, nous avons écouté l’âme africaine exhaler l’incantation très martelée de ses peurs, de ses révoltes et de ses espérances, portées par Alaye et Ankindé.

Le public, invité à se déplacer de lieu en lieu au gré des quatre actes du poème, cheminait dans les sentiers qui menaient d’un site de représentation à un autre. Cela m’a rappelé le Roland furieux de l’Arioste, mis en scène par Ronconi, que j’avais vu petite fille au Pavillon Baltard : étrangement, les deux scènes extrêmes de vie et de combat contre la mort, l’une africaine, l’autre européenne, se sont comme unies dans mon esprit, émotion d’un universel récit de notre humanité fabulé à près de cinq cents ans de distance.

Anne MICHEL.