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L’Europe a commencé à Ravensbrück – Note d’intentions de Roselyne Sarazin

Présentation de l’événement Germaine Tillon , le vendredi 5 octobre 2018 à 20h30, dans l’atelier Meissonier- Enclos de l’Abbaye à PoissyL’Europe a commencé à Ravensbrück – Note d’intentions

En septembre 2015, la Présidente déléguée des Amis du Musée de la Résistance et de la Déportation de la Citadelle à Besançon me demande de réfléchir à la construction d’un monologue : les mots de Germaine Tillion concernant la Résistance et la Déportation, surtout la Déportation, avec « en fil rouge » des chants de « Verfügbar aux Enfers », son opérette-revue écrite en 1944 à Ravensbrück.

Cette opérette, je peux me permettre aujourd’hui de dire que je la connais assez bien, même si  je ne suis pas en mesure  de la restituer entièrement. C’est en 2009 que j’ai découvert ce texte singulier et inouï. Je fus un peu plus fascinée par la personnalité de Germaine Tillion, et pris immédiatement la décision de « monter » cette opérette. Comment, avec qui, avec quels moyens ? je ne le savais pas, mais c’était une évidence. A partir de février 2009 donc, je lus, relus, tout ce que je trouvais sur Germaine Tillion ; Christelle Tarry, avec qui nous partageons la scène, fit de même. Nous organisâmes  pour la troupe une visite du camp de Ravensbrück au printemps 2010, pour le 65ème anniversaire de sa libération.  Moi qui avais eu jusque là tant de réticence parce l’effroi m’envahissait dès  que je lisais ou voyais des images sur la Déportation…

 Puis le Théâtre de la Petite Montagne, Compagnie que j’ai fondée en 1997, a présenté cette « Opérette à Ravensbrück » dans un format singulier, à travers la France et au-delà ; cent cinquante cinq représentations à ce jour dont une moitié environ en milieu scolaire, une séance inoubliable en milieu carcéral… Et je pense pouvoir dire aujourd’hui que depuis j’y ai pensé au moins un instant chaque jour de ma vie. Oui, l’œuvre de Germaine Tillion a pris une grande place dans mon cœur, elle a embelli mon chemin.

Un monologue ? Prêter ma voix aux mots de Germaine Tillion ?  A partir de quoi ?

Ses documents sont des outils parfaitement précis. Mais il me fallait la lire dans un style direct, m’adresser à un public installé tout près de moi, accueillir peut-être des réactions, et  pourquoi pas des questions.  J’ai donc regardé de manière non exhaustive, les documents, les interviews, les dialogues avec ses amies…

Celui qui a retenu mon attention s’appelle « L’enfant de la rue et la dame du siècle » de Michel Reynaud aux Editions Tirésias. La dame du siècle : déjà le titre est un éloge, oh combien mérité ! Et merci à cet « enfant de la rue » qui a su si bien échanger avec elle. Car Germaine avec lui nous fait entrer dans son intimité : elle évoque des souvenirs, raconte avec passion, entre dans le détail, se souvient de ses gestes, de ses pensées à des instants tragiques. Elle décrit avec un plaisir non dissimulé ses « petites inventions » pour rendre la vie moins dure en détention, comment elle passe au-dessus des interdits, comment elle détourne l’objet de première nécessité, l’aliment, pour « survivre » à sa façon, c’est-à-dire en priorité se souvenir, noter, écrire, transmettre.

 Divers objets viendront illustrer cette lecture théâtralisée :

          Des copies des dessins de Violette Lecoq et de Jeannette L’Herminier, tous réalisés à Ravensbrück,

          Un sac en toile à matelas, dit « sac à linge », identique à celui dans lequel  l’amie de Germaine, Marcelle Monmarché, récupérait non seulement des vêtements, mais les copies des courriers que Germaine écrivait dans sa cellule ; une correspondance clandestine s’établit ainsi entre les deux amies durant la détention à Fresnes,

          Une petite « Imitation de Jésus-Christ », avec des annotations au crayon de papier, ressemblant à celle qu’Emilie Tillion fit parvenir à Germaine en janvier 43 dans sa  cellule de Fresnes,

          Le fac-similé de l’Opérette-revue « Verfügbar aux Enfers ».

Les originaux de ces documents sont pour une partie  conservés au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. Ils ont fait l’objet d’une exposition durant l’été 2015 : « Les armes de l’esprit », à l’occasion de l’entrée au Panthéon de Germaine Tillion.

Par ailleurs une très belle exposition itinérante « Les robes grises », conçue en 2011, associant des dessins de Jeannette L’Herminier et des manuscrits de Germaine Tillion, est proposée par ce même musée. Leurs œuvres, qui dialoguent et se complètent, mettent en lumière la force et la diversité des témoignages.

 

Le monologue, auquel j’ai souhaité donner pour titre une phrase de Germaine Tillion, « L’Europe a commencé à Ravensbrück », sera proposé aux lycéens et collégiens. Il éclairera, je l’espère, leurs réflexions.

Roselyne Sarazin
Théâtre de la Petite Montagne
www.theatre-biolopin.com